Rencontres proposées par la Fédération des arts de la rue en Île-de-France


mardi 25 septembre 2007 de 17 h 30 à 19 h 00

Sommes-nous aussi libres que l'air ?

Rencontre avec Serge Calvier, directeur artistique de Nil Admirari.

Quand les murs sont interdits d’affichage et que la réglementation restreint l’utilisation de l’espace public, l’espace aérien est-il l’endroit de tous les possibles ? Quelles sont les contraintes pour l’artiste qui crée au gré du vent ? “L’art en ciel” peut-il s’affranchir des pesanteurs du quotidien ?

Scénographe urbain et directeur artistique de Nil Admirari, Serge Calvier se joue des formes et des volumes de l’architecture existante, bouleversant les échelles et les symboles, afin de prendre possession du paysage et changer notre perception de la ville. Cet artiste-ingénieur utilise ainsi l’art et la technique au service du maquillage urbain, du détournement architectural et de l’art monumental.

Le 25 septembre, à Bagneux, l’intervenant invite les hommes de la rue à lever les yeux vers le ciel afin de découvrir, à travers un parcours artistique, des installations aériennes et la démarche qui a conduit à leur mise en oeuvre.

Résumé

Mardi 25 septembre 2007, Serge Calvier nous donnait rendez-vous à Bagneux, en amont de la Fête des Vendanges. Scénographe urbain, Serge Calvier a tissé des liens étroits avec les cieux balnéolais puisque depuis vingt ans, il met au service de la ville son savoir-faire artistique et technique afin d’habiller l’espace aérien de ses plus beaux atours quelques jours avant les festivités septembrales.

L’art en contexte réel :
Directeur artistique de la compagnie Nil Admirari et directeur de Nil Obstrat (centre de création artistique et technique), Serge Calvier prend le parti d’intervenir à ciel ouvert et de donner à voir au plus grand nombre, contournant par là même lieux muséaux et expositions d’intérieur. Ses interventions urbaines sont créées en fonction du contexte. Chaque site d’accueil appelle un nouveau propos, de nouvelles formes, des procédés et matériaux différents. Le récit s’écrit à l’échelle de la ville concernée. Seul principe immuable : l’œuvre s’inscrit dans un temps éphémère car, selon Serge Calvier « l’art urbain doit être éphémère pour préserver l’effet de surprise, éviter la banalisation de l’œuvre. Paradoxalement, au final, il semble que les créations éphémères aient une durée de vie plus longue (dans la mémoire collective) ».

L’art en ciel, les différentes approches de la ville :
Les interventions proposées par Serge Calvier prennent des formes diverses. Les œuvres sont à la fois des éléments de décor et des propositions esthétiques de nature interpellative, parfois pertubatrice mais jamais provocatrice car pour le scénographe « en intervenant dans une ville, on s’introduit chez l’habitant, l’intervention doit être douce, de l’ordre du clin d’œil ou du sourire ». Les propositions de Serge Calvier sont ainsi colorées, pour être visibles dans le quotidien. Les teintes sont vives, les aplats de couleur usuels, les tons tranchés pour égayer le paysage urbain. Travaillant principalement au départ la forme du pavoisement, Serge Calvier a progressivement pris des chemins de traverse, osant des interventions plus audacieuses, plus gigantesques, parfois plus grinçantes. C’est ainsi qu’il utilise la technique du maquillage urbain pour donner une autre expression au paysage, qu’il pratique le détournement architectural sur des hauts-lieux de la ville (gare d’Amsterdam, mairies etc), qu’il introduit des éléments humains dans des lieux inattendus. Rapidement, le mobilier urbain (comme les candélabres, les abribus, les cabines téléphoniques), les éléments naturels (comme les arbres), les façades d’immeuble deviennent une toile de fond pour y dessiner des images cocasses, poétiques parfois surréalistes. À Conflans, on a pu voir un pierrot chevauchant les toits de la ville…

Un travail de reliance :
L’objectif affirmé est de mettre en rapport direct et sans intermédiaire l’œuvre et le réel afin de provoquer chez les riverains l’étonnement, le questionnement, la redécouverte de la ville. Dessiner sur le ciel pour inviter la population à regarder la ville autrement, agir sur le décor quotidien pour inviter les gens à lever les yeux, se saisir d’un périmètre afin de révéler le paysage urbain. « Les gens viennent souvent se confier lors du démontage, ils déclarent souvent que notre travail créé du lien, du liant dans la ville, qu’il provoque de nouvelles perceptions, un sentiment d’appartenance collective », raconte Serge Calvier.

Une liberté contrainte :
Poser un acte artistique dans l’espace aérien est pourtant rempli de contraintes : « Les idées géniales ne suffisent pas, il faut avant tout qu’elles puissent répondre à des obligations techniques fortes » déclare le scénographe aérien. Sur le plan technique, il est en effet nécessaire de trouver des matériaux à l’échelle de la ville et des hauteurs qui résistent aux intempéries, aux contingences naturelles. Le vent est, par exemple, un partenaire premier avec lequel il faut composer, notamment dans la construction de structures gonflables. Il est également plus complexe de travailler sur des créations éphémères plutôt que pérennes puisqu’il faut trouver des outils (comme la colle pour le travail sur façade) qui soient à la fois résistants et provisoires. De plus, travailler en espace aérien, c’est majoritairement répondre à des commandes. Pour Serge Calvier, les partenaires culturels laissent souvent grande liberté à l’artiste. Paradoxalement, cette liberté est parfois encombrante : « Ce qui manque souvent, c’est de la communication. Le partenaire exprime trop peu souvent son attente par rapport au territoire, ses envies, ses préoccupations », conclut Serge Calvier.

Serge Calvier est directeur artistique de la compagnie Nil Admirari et directeur de Nil Obstrat, Centre de création artistique et technique.

BAGNEUX (92)
Bagneux, Bar "Le Madeleine"
Angle avenue Henri Barbusse et rue Marc Sangnier
Porte d’Orléans Bus 188 Arrêt Martyrs de Chateaubriand
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