Rencontres proposées par la Fédération des arts de la rue en Île-de-France


mardi 11 mars 2008 de 17 h 00 à 18 h 30

Qui commande ?

Rencontre avec le collectif Aéroporté

Traditionnellement, l’oeuvre d’art est donnée à voir dans des structures instituées, des lieux consacrés. Avant d’être exposée, elle doit ainsi obtenir validation des institutions, avis favorable des comités d’experts, commissaires ou conservateurs qui homologuent l’intérêt artistique de la création.

Que se passe-t-il lorsque l’artiste décide d’adopter un mode d’exposition affranchi des cadres de la permission institutionnelle et d’investir la ville clandestinement et durablement avec une pièce d’un encombrement comparable à une sculpture monumentale ?

Quels sont les rapports de force qui se nouent alors entre l’artiste et les pouvoirs publics ? La collectivité doit-elle légitimer ces procédés artistiques non programmés, « sauvages » voire illicites ? Qui détient les clés de la ville ?

En choisissant de s’imposer dans la ville mais en intelligence avec les lieux, le collectif Aéroporté revendique le droit à l’auto-exposition et s’inscrit dans la lignée de Gustave Courbet qui le premier proclamait : « Je suis mon propre gouvernement ».

Résumé

Mardi 11 mars 2008, le collectif Aéroporté nous donne rendez-vous place de Clichy, devant le socle de la statue de Charles Fourier, qu’il a transformé en installation in situ. Puis direction le Théâtre de la Comédie, où un film de présentation du projet est projeté avant la discussion. Un spécialiste de Charles Fourier, René Schérer, est présent dans la salle.

Le collectif Aéroporté implante clandestinement des oeuvres dans l’espace public. Suivant un « protocole d’installation d’œuvres en milieu urbain » qui permet de neutraliser le dispositif de surveillance municipal et préfectoral de la ville, le collectif revendique un « droit de disposer de son espace public », en dehors de l’aval du politique.
Le mode d’installation clandestin, forme de désobéissance civile, suppose d’entrer dans un rapport de force avec les pouvoirs publics. C’est une volonté de la part du collectif, qui cherche à faire sortir l’art de ses lieux institutionnels, de son public averti. Investir l’espace public n’est pas suffisant, si l’oeuvre doit suivre le même processus d’installation qu’en salle : il s’agit de s’affranchir des murs, mais aussi des commissaires, des experts, de la validation institutionnelle. C’est pour les artistes du collectif une manière de retrouver une liberté non seulement de discours et de création, mais surtout d’exposition, au regard de tous.
Le processus décisionnel des pouvoirs publics est jugé par les membres d’Aéroporté à la fois trop long - le socle de la statue de Charles Fourier était vide depuis plus de 60 ans - et trop consensuel, évitant les prises de risque : lieu de discussion et de compromis, les organes démocratiques chercheraient à « plaire à tout le monde »1. Ce processus institutionnel pousse selon le collectif l’artiste qui veut faire à s’emparer aussi du pouvoir de décider.
Naît dès lors une contradiction entre l’artiste qui décide en amont de l’implantation d’une oeuvre et les pouvoirs publics qui décident en aval de la laisser ou non. Si le politique apprécie le projet et le soutient, le caractère illégal de l’installation est oublié. Si en revanche le politique cherche à reprendre le contrôle sur l’espace qu’il gouverne, les artistes ne peuvent faire l’économie d’un phase de discussion. Né de la volonté de se dispenser de négociation, le projet est alors ramené sur les terres du politique. Il repasse par les étapes de validation dont les artistes ont cherché à se débarrasser.
A quelques nuances près : l’oeuvre une fois posée/imposée, des tiers peuvent s’insérer dans la négociation. Notamment les habitants, qui ont eu accès au projet : le Conseil de Quartier du 18è soutient par exemple l’installation du collectif Aéroporté. De même que le cercle des amis de Charles Fourier. Internet aura sans doute son rôle à jouer dans la décision, par le biais des pétitions qui peuvent y circuler facilement.

Zoom : Charles Fourier et sa statue.

Charles Fourier est un philosophe socialiste utopiste du début du XIXè siècle. En 1899, une statue est installée place de Clichy pour honorer sa mémoire. Cette statue est fondue et transformée en munition par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale. Le socle, classé monument historique, reste vide. De 1943 à 2007, plusieurs tentatives de « restauration » de la statue sont faites : les situationnistes installent à la fin des années 60 une copie en plâtre de la statue originale trouvée aux beaux arts (elle sera enlevée par la police trois jours plus tard) ; en 1987, René Schérer et les « amis de Fourier » tentent de proposer un nouveau projet.
Le collectif Aéroporté décide finalement en 2007 de s’emparer du socle pour y installer leur propre projet. L’installation du collectif aéroporté prend la forme d’un volume de verre soulignant l’absence de sculpture sur le socle, un escalier invite les passants à accéder au sommet du socle et à remplir l’espace. Ainsi l’installation permet à ceux qui le souhaitent de se prendre pour Charles Fourier... ou pour quelqu’un d’autre ! Une occasion, pourquoi pas, de prendre un peu de hauteur sur la ville.

Le collectif Aéroporté pratique l’installation illicite d’oeuvres en milieu urbain. Il est né lors du mouvement social des intermittents et précaires de 2003 avec l’installation, durant la nuit du 30 mars, d’un papillon monumental devant la CIP-IDF, quai de la Charente. En avril 2007, le collectif installe clandestinement une sculpture en haut de la place de Clichy, sur le socle de Charles Fourrier, resté vide depuis l’occupation.

PARIS 18
77, boulevard de Clichy
Métro 2 Blanche
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