Rencontres proposées par la Fédération des arts de la rue en Île-de-France


mardi 17 avril 2007 de 12 h 00 à 14 h 00

La faim justifie-t-elle les moyens ?

Rencontre autour d’un risotto avec Jean-Raymond Jacob, directeur artistique de la compagnie Oposito.

Lors du processus de création, l’artiste se trouve dans une double posture. Créateur en même temps qu’artisan, il entremêle inspiration et méthode, émotions et raisonnement. Cette double posture s’exacerbe avec la création de spectacles monumentaux pour l’espace public : le public devient foule, les lieux symboliques supports de tableaux, les artères prennent des double-sens… Les ingrédients d’Oposito sont à l’échelle d’une ville entière et d’une population.

Bien que les contraintes de l’espace public, l’échelle et la technicité du genre monumental qui fait la réputation des spectacles d’Oposito paraissent abolir le hasard, Jean-Raymond Jacob conçoit la création de chaque nouveau spectacle comme un processus incertain. Où comme dans une recette de cuisine, le savoir faire côtoie l’aléatoire…

Par le biais d’une convocation conviviale et sympathique, l’intervenant propose d’enfiler sa toque de cuisinier et d’interroger, autour de la préparation d’un risotto, l’endroit de frottement entre rationnel et irrationnel à l’œuvre dans le processus créatif. Ce repas-conférence sera également conçu comme un dialogue avec le public présent.

Résumé

Le 17 avril, autour d’une grande tablée, Jean-Raymond Jacob et Enrique Jimenez, directeurs artistiques de la compagnie Oposito, accueillaient au Moulin Fondu trente-cinq convives à déjeuner. Cette rencontre originale a été l’occasion pour Jean-Raymond Jacob de revenir sur son processus créatif en le rapprochant de l’art culinaire. Filant la métaphore dans une mise en abyme permanente, Jean-Raymond Jacob s’est expliqué sur ses « recettes des trottoirs » tout en préparant, sous les yeux des participants, un risotto élaboré en complicité avec Enrique Jimenez.

« Le partage du sensible »
Ainsi, il semble que l’on puisse tracer nombre de parallèles entre le théâtre de rue et la gastronomie, l’artiste et le cuisiner. Tous les deux sont habités par une forte sensibilité à ce qui les entourent. La cuisine comme le théâtre appartiennent au domaine de l’éphémère avec une matérialité et une existence limitées. In fine, seuls restent des souvenirs émotionnels et sensoriels. Pour reprendre une expression de Jacques Rancière, ces expériences collectives sont fondées sur le partage du sensible. En effet, dans le théâtre de rue comme dans l’art culinaire, les participants sont souvent à la recherche de lien, de partage, d’une aventure commune. Ces deux champs sont des facteurs d’échanges formidables. Quand les connexions se font, naissent alors des expériences inédites.

La part de l’aléatoire
Bien que le cuisinier comme l’artiste travaillent souvent sur des recettes bien établies, la part de contingence et d’incertitude demeure présente dans le processus créatif. Le connu flirte avec l’inconnu. Le texte, les ingrédients, le contexte, les conditions thermiques, la perception sensorielle et la culture d’origine de chacun rendent le contenu émotionnel différent à chaque représentation, à chaque dégustation. La recette, bien qu’elle reste la même, est modifiée par les participants du moment et les aléas extérieurs. Et parfois l’artiste rate la recette mais fait quelque chose de très bien en accommandant les restes…

Haute cuisine/Cuisine populaire/Plats cuisinés
Il semble qu’au théâtre comme en cuisine, des hiérarchies existent. Il est interdit de manger au théâtre. Il serait incongru de se donner en spectacle dans un grand restaurant. C’est là une grande différence entre théâtre populaire et théâtre élitaire. Dans les théâtres populaires, on vient en famille et on mange tout en participant au spectacle. Jean Vilar l’avait bien compris lui qui voulait transformer les salles de théâtres en des lieux de convivialité. Quand le théâtre se détache de la vie, il ne crée plus de lien social. En ce sens, le théâtre de rue brouille les pistes et redevient populaire car il marie les saveurs et les couleurs. Et puis parfois, les réalités financières prennent le dessus et les artistes créent pour manger. Ils font des plats cuisinés ou des pizzas. Les besoins physiologiques triomphent alors sur l’acte artistique.

Photos

Documents

  • Recette des trottoirs [PDF - 40.8 ko]
    Auteur : Jean-Raymond Jacob, directeur artistique de la compagnie Oposito
Jean-Raymond Jacob est auteur et metteur en scène. Il intègre en 1983 la compagnie fondée par Enrique Jimenez. Ensemble, ils élaborent les premiers spectacles de la compagnie. Progressivement leur complémentarité artistique s’est affirmée, donnant naissance à une histoire singulière dans le monde du spectacle de rue : la compagnie Oposito.

Moulin Fondu, Noisy-le-Sec (93)
53, rue de Merlan, Noisy-le-Sec (93)
RER E Noisy-le-Sec, puis remonter le bd de la République jusqu’au rond‑point du 11 novembre 1918. Au rond-point, rue de Merlan.
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