Rencontres proposées par la Fédération des arts de la rue en Île-de-France


mardi 16 septembre 2008 de 18 h 00 à 19 h 30

Faut-il avoir peur de soi-même ?

Rencontre avec Dominique Houdart, co-directeur de la Compagnie Dominique Houdart-Jeanne Heuclin.

Par sa situation géographique et son histoire d’ancienne puissance coloniale, la France est un pays de migration de longue date. Plus d’un quart de la population française a un parent ou un grand-parent issu de l’immigration. Malgré cette relation à l’autre historique, depuis plusieurs années les politiques migratoires se durcissent et les frontières se crispent. Avons-nous peur de l’autre ? Quelle est la place de la différence dans notre société ?

Dans la lignée du théâtre politique, la compagnie Dominique Houdart-Jeanne Heuclin explore le fait migratoire comme enjeu grandissant des relations internationales et des consciences individuelles : Que se passe-t-il lorsque l’artiste décide de s’immiscer dans la polémique d’un fait de société ? Le théâtre peut-il être directement lié à l’actualité et dans ce cas peut-il contribuer à changer les regards ?

En choisissant d’utiliser une fable naïve et des personnages étranges mais fondamentalement bons pour mettre en abîme le drame de l’immigration, la compagnie Houdart-Heuclin se confronte au défi d’utiliser la tendresse et l’émotion comme armes stratégiques pour stimuler les pensées, la non-violence comme moyen de prise de conscience.

Résumé

Dominique Houdart nous accueille au théâtre de l’Etoile du Nord, où sa compagnie présentera son spectacle sur l’immigration fin 2009. A la lumière de l’essai de Jean-Claude Wallach La culture pour qui ?, Dominique Houdart entame sa présentation en évoquant les rapports difficiles entre culture et institution et les échecs de la démocratisation culturelle en France. « Aujourd’hui les trois valeurs que représentent le service public, la créativité et l’utopie ne peuvent plus vraiment se développer dans l’espace de l’institution qui impose insidieusement un formatage, explique-t-il. La véritable démocratie culturelle signifierait que la culture n’est plus dispensée d’en haut, par un Etat providence et des institutions paternalistes, mais qu’elle soit une émanation du peuple. La rue est piégée dès qu’elle est organisée pour le plus grand nombre. Mais le « hors les murs » reste une voie passionnante si elle est chantier, lieu de recherche et d’expérimentation d’une relation au citoyen fondée sur le partage, la surprise et l’échange. » Comment l’expérience artistique de la Compagnie Dominique Houdart- Jeanne Euclin s’inscrit-elle dans cette expérimentation ? _Après une première phase de théâtre politique en salle axé sur des thèmes historiques, la nécessité de créer un personnage contemporain, une sorte d’Ubu, donne naissance à une marionnette. Celle-ci relève le défi plastique de réunir les contraires, d’être à la fois jeune et vieux, beau et laid, etc. et incarne l’étranger, l’autre, le différent. Il s’agit du premier « Padox », portant un nom inventé de toutes pièces, qui s’avérera plus tard, par pure coïncidence, signifier en langue chinoise « celui qui vient d’ailleurs ». _A partir de ce premier archétype, d’autres Padox, devenus des marionnettes habitables, voient le jour ; ils sont mis en scène dans des sketchs puis dans des improvisations guidées. S’installant par exemple dans un appartement d’une cité HLM pendant 15 jours, ils suivent la vie du quartier, devenant de nouveaux habitants. Ils proposent une théâtralisation de la vie quotidienne qui ravive le lien social et invite les gens à sortir de chez eux. Bientôt, les marionnettes sont confiées aux habitants eux-mêmes qui au cours d’un stage apprennent à les manipuler. _Étrangers, les Padox apprennent par mimétisme, au contact de l’autre, des gestes qui semblent aussi évidents que celui de traverser une rue… et ils créent ainsi une relation en miroir. _Transposables géographiquement, ils voyagent partout dans le monde, jusqu’au Brésil où ils sont animés par un public de prisonniers. Et à Oslo, au Nordic Black Theater, école de théâtre pour jeunes immigrés, les Padox se révèlent être, au contact de ces jeunes, comme eux, des immigrés, qui racontent luer histoire, celle d’un exil collectif depuis un village du Sud où la sécheresse contraint à partir. Face aux murs, malmenés par les agents de police aux visages-menottes, les Padox représentent l’être humain face aux situations de catastrophe. _Ce théâtre naïf, revendiqué comme tel, sans aucun discours ajouté, permet au truchement de fonctionner. Et il rejoint ainsi ces propos de Bertolt Brecht sur le théâtre populaire : « Ce qu’il faut faire, c’est définir ce qu’est le peuple. Et le voir comme une multitude pleine de contradictions, en pleine évolution, et une multitude à laquelle on appartient soi-même. En face de l’artiste, en tant que public, le peuple n’est pas seulement l’acheteur ou celui quoi passe une commande, il est aussi le fournisseur. Il fournit les idées, il fournit le mouvement, il fournit la matière, il fournit la forme. Tout cela sans unité, dans un perpétuel changement, à son image. »

Quelques références pour prolonger la rencontre :

Le site de la compagnie Dominique Houdart Jeanne Euclin http://d.houdart.free.fr (où sont présentés les carnets de voyage des Padox).

_La culture pour qui ?, Jean-Claude Wallach, L’Attribut, 2006 _La lettre au directeur de théâtre, Denis Guénoun, Cahiers de l’Egaré, 2003 _Le théâtre est-il nécessaire, Denis Guénoun, Circé, 1998

Créée en 1964, la compagnie Dominique Houdart – Jeanne Heuclin utilise l’objet, la figure, la marionnette, des matériaux bruts ou des objets élaborés afin d’exorciser les peurs, parodier les hommes et les sociétés, agir sur les esprits.


Entrée libre

PARIS, 18ème. THEATRE DE L’ETOILE DU NORD
16, rue Georgette Agutte

Métro Guy Môquet (ligne 13, direction Saint-Denis Université)
Bus 31 (arrêt Vauvenargues), 60 (arrêt Damremont-Ordener), 95 (arrêt Damremont), PC (arrêt Hôpital Bichat)

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