Rencontres proposées par la Fédération des arts de la rue en Île-de-France


mardi 8 janvier 2008 de 18 h 30 à 20 h 00

Faut-il ajouter des étages aux tours ?

Rencontre avec Geneviève Mazin et Fabrice Guillot, chorégraphes de la compagnie Retouramont.

Hauts fronts bâtis ou empilements en ilôts ouverts, la ville verticale moderne a transcendé les signes de pouvoir traditionnellement attachés aux bâtiments de grande échelle, tels que clochers, beffrois, pour leur préférer tours de bureaux ou grands ensembles d’habitations hérités des nécessités de l’après-guerre et des années 70. Souvent stigmatisées par l’image de désolation de certains quartiers, les tours offrent cependant depuis l’intérieur un point de vue unique sur la ville. Au sol, les citadins se partagent de minuscules espaces horizontaux (les trottoirs) alors que l’immense territoire de la verticalité est totalement vierge. C’est un espace de solitude, de sensation. Geneviève Mazin et Fabrice Guillot, danseurs aériens, invitent à lever la tête pour tutoyer les hauteurs. L’altitude constitue pour eux un vecteur de transformation du regard, un moyen de se réapproprier le paysage, de transcender les points de vue, de bousculer nos rapports aux lieux.

Pour confronter patrimoine bâti, expérience de la voltige, phobie et préjugés des hauteurs, Geneviève Mazin et Fabrice Guillot témoignent de leur travail hors sol et invitent Philippe Guérin (architecte et professeur) et de Yves Clerget (responsable pédagogique et chef de la cellule architecture au Centre Pompidou).

Résumé

Le 8 janvier 2008, Geneviève Mazin et Fabrice Guillot, chorégraphes de la compagnie Retouramont, nous donnent rendez-vous au Centre National de la Danse pour témoigner de leur travail en altitude. Yves Clerget (responsable pédagogique et chef de la cellule architecture au Centre Pompidou) et Philippe Guérin (architecte et professeur) sont invités à parler de la relation entre verticalité, danse et architecture.

Les hauteurs comme espace public commun
Pour Yves Clerget, regarder d’en haut, comprendre les verticales, c’est changer de regard sur la ville, élargir les perceptions.
La compagnie Retouramont travaille dans des hauteurs inaccessibles, dans des lieux à la fois effrayants et fascinants, des espaces indicibles. Voir d’en haut, c’est un rêve. Rêve d’Icare, rêve de l’éternel, rêve humain et architectural.
Selon Yves Clerget, Retouramont écrit une histoire verticale dans un espace de l’ailleurs qui n’est plus l’espace du quotidien mais qui appartient pourtant à l’espace public commun.
Lever la tête relève d’une gestuelle complexe, c’est savoir s’abstraire de ce qui nous entoure, les chiens écrasés comme les luttes de clans. Voir les choses d’en haut est fondamental pour comprendre les choses d’en bas. Pour nombre de penseurs urbains, le village vertical est ainsi par excellence l’espace public de la négociation car il permet de partager des discussions sur le bien commun loin des affaires journalières. En écrivant un récit dans le ciel, Retouramont repense l’histoire de l’espace.

L’interprétation d’un espace par les corps des danseurs
e travail de la compagnie Retouramont naît de la volonté des chorégraphes de s’emparer de la verticalité de la cité. Au départ, la compagnie travaille en plaçant des éléments de décor verticaux dans la ville (échafaudage, panneau etc) mais se rend rapidement compte que ce genre de dispositif ne permet pas de relation forte avec le tissu urbain.
Au fur et à mesure, les bâtiments sont utilisés comme support chorégraphique d’abord dans un rapport frontal puis en intégrant un rapport dimensionnel permettant réellement de penser les notions d’espace, de volume, de profondeur. Au fil du temps, la notion de vide devient également très importante dans le travail de la compagnie.
L’objectif est ainsi de permettre une relecture physique et dansée de l’espace. Les corps des danseurs voltigeurs en altitude métamorphosent le regard porté sur le lieu investi, transforment le paysage. La ville n’est plus considérée comme un espace subi mais elle est appréhendée dans le cadre d’une expérience athlétique, elle devient un terrain exploratoire concret lié au plaisir, à l’engagement, à la découverte de soi.

Le travail avec les habitants, voir les choses à l’envers
La compagnie Retouramont cherche à faire partager l’expérience vécue par les danseurs aériens. Les danseurs désirent transmettre au public ce que la pratique du vide leur a appris. Comment appréhender la perte de repères, le lâcher prise, l’état de vertige, la confrontation au vide ? Plusieurs projets ont ainsi été montés avec les spectateurs.
À la Centrale EDF de charbon de Vitry-sur-Seine, la compagnie travaille en relation avec les agents de l’usine et tente de retranscrire sur scène le vertige induit par le bouleversement de la nature du travail de ces salariés. Le projet « Danser la ville » propose à des habitants de danser sur les bâtiments de leur quartier afin de transformer leur regard sur le quotidien.
Pour faire expérimenter aux spectateurs ce que vivent les danseurs, un système vidéo équipé d’une caméra subjective placée sur les corps des voltigeurs est créé afin de permettre un partage des sensations. Enfin, la compagnie met en place un parcours sensoriel dont le but est également de faire ressentir aux spectateurs ce que vit le danseur en les mettant volontairement dans une situation de verticalité, de profondeur, de vide, de déséquilibre.

De nouveaux Yamakasis ?
Contrairement aux idées reçues, les danseurs de la compagnie ne travaillent pas les notions d’extrême, de danger, d’interdit, d’exploit. La sensation forte n’est pas recherchée car elle tétanise et alors la danse devient impossible. Les danseurs ont besoin d’être rassurés, d’être en confiance. Si les corps sont verrouillés, les danseurs ne peuvent paraître naturels et l’illusion de fluidité, d’abandon, de facilité disparaît.

Investie dans la relation entre danse et architecture, la compagnie Retouramont concilie créations en espace public et créations scéniques. Sur scène, la compagnie retranscrit les sensations explorées en plein air.

PANTIN, CENTRE NATIONAL DE LA DANSE (CND)
1, rue Victor Hugo
Métro 5 Hoche
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